287 km à dévorer en équipe

Il est tôt le matin et je reçois l’appel. À deux semaines de préavis, une place se libère, on me demande de me joindre à l’équipe. Ça fait longtemps, deux ans déjà que je n’ai pas participé à un événement de la sorte. Deux ans parsemés d’embûches, de déceptions dans des courses où j’ai tout donné et de blessures stupides. Même plus le goût d’écrire.

Mais là, j’ai la chance de retrouver le sourire et le bonheur de courir en groupe  en me joignant à cette équipe. Pour reprendre des paroles de David Moore ‘’ Je dois accepter que je suis le moi d’aujourd’hui et non celui du passé’’. Il faut que j’accepte que je n’aille plus au même rythme que l’an passé, et c’est correct. C’est donc avec enthousiasme, mais peu préparé que je me joins à l’équipe de Fillactive pour faire le Méga Relais Madame Labriski. Le défi, parcourir 287 km, à relais, à travers la belle région de Québec. Filleactive est une superbe fondation qui a pour mission de faire découvrir aux adolescentes les avantages et le plaisir qui découlent de la pratique d’activité physique, car une adolescente sur deux abandonnent le sport lors de cette période.

Beaupré, 16 septembre 2017, 9h30.

image3Le lancement se fait un beau samedi matin, la température est superbe. Petite déception en arrivant, les chandails des gars étaient différents de ceux des filles. Le leur était d’un rose éclatant et le nôtre d’un rouge plutôt discret. Moi je me dis, on endosse la cause jusqu’au bout, alors il faudrait remédier à cela l’an prochain. C’est Claudine, présidente et fondatrice de la fondation qui s’élance la première accompagnée de 6 autres équipes, dont les Licornes à batterie, contre qui nous bataillerons jusqu’à l’arrivée.

Les relais s’enchainent, j’ai hâte de commencer. C’est au Lac-Beauport que je débute mon premier relais. Sara me passe le flambeau et c’est parti pour environ 9 km. Les premiers km vont bien, c’est plat et je garde un bon rythme. En passant sur un viaduc, j’aperçois au loin une adversaire et je me fixe comme objectif de la rattraper avant la fin de mon relais. J’augmente donc la cadence graduellement, je m’approche de plus en plus, il reste 1.5 km avant la fin, alors je me dis que c’est le moment ou jamais. Lorsque j’arrive à quelques pieds derrière elle, elle tourne et prend une autre direction. Bizarre, je regarde attentivement, elle n’a pas de dossard, erreur de Rookie, je viens de me défoncer pour rattraper quelqu’un qui ne fait pas partie du défi.  Ah!!! 10 secondes après, il y a une courbe qui cache une belle montée. Pas très longue, mais je n’avais plus de jambe. Dans les derniers mètres, une Licorne aux longues jambes est venue me coiffer. Somme toute, j’étais très content de mon premier relais. En bonus, j’avais eu une bonne leçon.

Pour nous déplacer d’un relais à l’autre, nous étions bien organisés, avec deux Sprinters, dont un, à l’effigie du commerce de Benoît. D’ailleurs on se fera dire souvent pendant le défi ‘’ Yé ben hot votre coureur, mais oui, c’est sûr, il y a sa photo sur son camion. ‘’ Photo ou pas, Benoît y court en Tab…

Mon deuxième relais est plus long, soit 12.6 km. Mon départ est tout croche, Sara est arrivée beaucoup plus vite qu’on pensait et je n’étais pas prêt. Lorsqu’elle arrive, je n’ai pas ma montre, pas regardé une dernière fois le parcours, mais il faut partir. Une chance, Benoît me refile sa montre pour que je puisse voir les km effectués. Au beau milieu de la nuit, dans le noir total, c’est tout de même féerique. Je ne vois que ce qu’éclaire ma lampe frontale, le reste demeure noir. Question de garder ma motivation jusqu’à la fin, Benoît vient me rejoindre à vélo et bous terminons le relais ensemble. Voilà, déjà un peu plus de 20 km de complété.

Avant le troisième relais, je suis un peu nerveux et je visite les petits bois avoisinants à quelques reprises, mais je n’en fais pas trop de cas. Par contre, ce n’est pas trop long que je réalise que mon dernier relais ne sera pas de tout repos. Après deux km de plats, c’est un faux plat montant qui m’attend jusqu’à la fin du relais et j’arrête à tous les km pour faire un petit pipi.

Eric s’approche de moi et me demande si je vais bien, pas le choix de lui dire que non, je crois que je suis déshydraté, je n’arrive pas à garder d’eau lorsque je bois et je n’ai plus d’énergie. Eric et Ian me préparent une potion bourrée d’électrolytes. Ils me suivront en Sprinter jusqu’à la fin du relais. Après quelque km, ma condition s’améliore, je réussis à retrouver un peu d’énergie, mais il reste encore 6 km, 6 km de faux plat montant. Eric m’annonce qu’une adversaire se rapproche. Alors, il me reste qu’une chose à faire, on baisse la tête et fonce. J’ai beau regarder derrière, il fait noir, je ne vois rien, Eric me dit qu’elle vient de fermer sa frontale. Pas le choix, c’est mon dernier relais, alors on vide le réservoir. À la fin, je réussis mon pari, elle finira 15 secondes après moi. Un gros merci à Ian et Eric qui m’auront encouragé pendant tout le relais.

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La réussite de Fillactive est de faire bouger les adolescentes et quoi de mieux d’en avoir deux qui participent à notre succès. Il nous reste trois relais avant la fin, nous sommes deuxième au classement, toujours

talonnés par les Licornes. Les deux relais suivants seront courus par Maelle et Saphir, deux jeunes adolescentes. Elles nous ont prouvés qu’elles avaient leurs mots à dire dans le résultat de notre défi. Elles ont réussi à contenir les Licornes et nous ont permis d’être nez à nez pour le dernier relais.

C’est Jade qui effectuera le dernier relais. Après quelques km, les Licornes ont repris les devants, mais Jade et Benoît leur réservent une surprise. À deux km de la fin, Benoît fait signe à Jade et lui dit que c’est maintenant qu’il faut partir. Elle nous dira à la fin qu’elle n’avait jamais couru aussi vite de toute sa vie. Au dernier tournant, on les voit apparaître, c’est Jade qui est devant, elle ne regardera plus derrière. Nous l’accompagnons pour terminer les derniers 100 mètres ensemble. Nous terminons en 2e place. image8

Nous avions une équipe d’enfer et chacun de nous avait aurait eu sa petite histoire à raconter. J’aurais pu vous parler de Sara, notre cadette de 16 ans qui a réussi des temps incroyables en vue de son premier demi-marathon, du sourire et de la bonne humeur contagieuse d’Élyse et de Véronique, d’Eric et Ian qui ont tout laissé sur le parcours, de la compétitivité de Claudine ainsi que son grand cœur, de la camaraderie, des hauts et des bas, de la fatigue et du partage. De ma chérie qui ne pensait même pas pouvoir participer dû à une blessure qu’elle s’est infligée dans les jours précédents le défi. Malgré cela, elle réussira à compléter tous ses relais, gagnant le respect de tous ses coéquipiers. 

L’important c’était de finir en équipe avec nos forces et nos faiblesses. Et sur ce point, c’est mission accomplie. Claudine, tu es sûrement fière de tes Fillactives.

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En terminant, je ne peux passer sous le silence un bon mot que j’ai reçu à la fin de la course. ‘’ Tu sais Erik, on vient de terminer 15 secondes devant les Licornes, c’est le même 15 secondes que tu as réussi à maintenir lors de ton dernier relais. ‘’ Même si dans ma tête, c’est Jade qui a gagné avec son effort incroyable, ce sont des mots que je me rappellerai pour longtemps.

‘’ Thanks Ian, I will cherish your good words for a long time, you’re a gentleman and a real team player’’

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À l’an prochain

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Bromont Ultra : Coït interrompu.

Dimanche matin 12 octobre 2014, il est 6h du matin. Je me réveil, pas trop stressé, un peu anxieux c’est tout. Très fier du travail accompli et prêt à affronter la bête, mon tout premier ultramarathon. En arrivant sur le site, il y a déjà beaucoup d’ambiance, le premier coureur du 160 km, Joan Roch, vient d’arriver.

7h45, briefing d’avant course, on sent vraiment la fierté des organisateurs d’avoir réussi leur défi. Gilles Poulin nous avise alors que le gagnant Joan Roch, qui avait préalablement complété le Vermont 100 en un peu plus de 16 heures, vient de compléter le Bromont Ultra en plus de 22 heures. À ce moment, on réalise que le parcours sera très difficile et qu’il faut oublier les objectifs qu’on c’était fixé. La seule chose qui est sûre est qu’on va souffrir pour y arriver.

Deux minutes avant le départ je suis avec des amis Ian et Ianyk Blanchet ainsi qu’Alain Boulianne, très fier de prendre le départ avec eux, mais je sais très bien que d’ici quelques minutes ils seront bien loin devant moi. De plus, Mélanie, mon épouse, est là pour m’encourager ainsi que d’autres amis, Isabelle Gosselin et Benoît Lajeunesse.

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8h. Le départ est lancé, 72 participants qui se dirigent vers la montagne. On a tous hâte de découvrir ce nouveau parcours dessiné par Alister Gardner. Les premiers km se font très bien malgré le dénivelé abrupt et une première belle montée. C’est environ au 5km que je rencontre Martin Massé, à ce moment ce n’est qu’une simple salutation et un encouragement, mais il jouera un rôle important pour moi plus tard dans l’aventure.

Premier check point, je profite d’un instant de répit pour enlever ma veste et mes gants et manger un peu. Je regarde ma montre, et je suis en plein dans le temps que je m’étais fixé, le parcours n’est peut-être pas si difficile que l’on pense. La deuxième section, ça monte et ça monte encore, pas le temps de reprendre mon souffle, mes pulsations sont dans le tapis, en moyenne 170. J’arrive à la deuxième station (Le Mac), je prends un peu de provisions, mange un bon morceau de carré aux dattes et on repart pour la prochaine section. Section qui se nomme, La lobotomie, ça promet. Dans le passé, cette pratique était principalement utilisée pour traiter la schizophrénie et à tourner en rond, monter et descendre, on comprend rapidement d’où vient le nom de cette section. Je me suis demandé à quelques reprises, qu’est-ce que je pouvais bien faire là en cette belle journée d’automne.

Check point 3, je sors finalement de la section technique pour continuer sur une route de terre, on va enfin pouvoir récupérer un peu de temps, j’ai déjà une heure de retard sur mon objectif et je sais que Mélanie m’attend déjà au check point 4 (L’impérial). Récupérer!, erreur, ça monte encore, c’est à se demander, s’il n’y a pas de descente à Bromont.

on en arrache

4h15 après le départ, j’arrive finalement au check point 4, 75 minutes de retard sur mon objectif. Maintenant 24 km de complétés. Mélanie m’avouera plus tard qu’elle et les enfants commençaient à être un peu inquiets. J’en profite pour me changer, manger et me reposer un peu. Peu après moi, Martin Massé fait son entrée un peu découragée de la dernière section. À partir de ce point, nous avons décidé de courir ensemble. On réalise que de courir à deux sera plus propice pour garder notre motivation plus longtemps.

Au cinquième check point, 34 km de complétés, Martin avait certaines réflexions, à savoir s’il continuait ou s’il se contentait de 6 heures de courses. À ma grande joie, il décide de continuer, on se fait un «High Five» et on continue. Petite section jusqu’au prochain check point (Edgar), mais encore une fois une montée difficile.

Arrivé au Edgar, après 6h40 de course, on nous apprend qu’on a manqué le cut-off time de 3 minutes. On est tous les deux très surpris, car le matin au briefing de départ, on nous avait bien dit aucun cut-off, revenez tous ici pour 17h. Donc, on croyait pouvoir courir encore pendant un peu plus de 2 heures. On était tous les deux déçus, mais en même temps, on venait de faire 38 km dans un des parcours les plus difficiles du circuit trail et on avait encore de l’énergie. Wow!!!. Cette distance dépasse largement, ma plus longue distance au préalable qui était de 21km et je n’avais aucune blessure et surtout aucune ampoule aux pieds.

martin massé

Merci beaucoup Martin, les 14 km courus ensemble on passé beaucoup plus vite. Merci à tous ceux qui étaient à l’arrivée pour venir m’encourager, Isabelle, Benoît, Guylaine, Véronique et Jonathan, ce fut bien apprécié. Un merci tout spécial à Mélanie et les enfants qui m’ont suivi à tous les check point pour m’encourager et voir à ce que je ne manque de rien. J’avais hâte de voir à tous les check points.

Gilles, Audrey et Alister, vous vous sentez sûrement mal d’avoir dû couper des coureurs, même si pour notre sécurité c’était sûrement la meilleure chose à faire, l’an prochain je ne vous donnerai pas la chance de me couper, soyez assuré que je reviendrai plus vite et plus fort. Merci pour cette belle expérience.

À l’an prochain.

Erik